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Amour et argent : faut-il vraiment tout partager quand on est en couple ?

information fournie par Grazia 23/02/2026 à 12:20

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Partager ses finances ne garantit ni l’équité ni la sérénité. Dans le couple, l’argent pose surtout la question des règles, des choix et de l’équilibre.

Le couple se raconte volontiers en projets, en gestes et en confiance. L’argent, lui, arrive plus discrètement, puis s’installe partout. Il règle le quotidien, façonne les écarts, révèle des priorités, et finit par peser sur la relation quand rien n’a été posé. La question n’est pas de savoir si les comptes doivent être mélangés pour prouver l’amour, mais plutôt comment organiser une vie à deux sans créer, à bas bruit, de l’injustice, de la dépendance ou des rancœurs.

Tout partager ne garantit pas l’équité

Tout partager, c’est parfois choisir la simplicité. Un compte commun, des revenus versés au même endroit, des factures payées sans se demander qui doit quoi. Ce modèle peut fonctionner, surtout quand les revenus sont proches et que la vision du couple est alignée. Il peut aussi masquer des déséquilibres, notamment quand les trajectoires sont différentes, ou quand l’une des deux personnes se désintéresse, par habitude ou par fatigue, des décisions financières. La psychothérapeute Nicole Prieur le résume ainsi dans les colonnes de Notre Temps : « Trop de femmes se désintéressent des comptes bancaires parce que pour elles, plus ou moins consciemment, l’argent serait du côté du mesquin, du sale. Mais ne pas s’en occuper peut les mettre dans une situation dangereuse. »

À l’inverse, tout séparer peut sembler protecteur, moderne et rassurant. Chacune garde sa liberté, son salaire et ses choix. Mais ce système devient fragile dès qu’il y a des écarts de revenus ou de patrimoine. La même dépense n’a pas le même poids selon ce qui reste à la fin du mois, et le fameux partage moitié-moitié, souvent choisi par facilité, peut créer une injustice. Dans nombre de couples, la personne qui gagne moins finit par vivre au-dessus de ses moyens pour suivre un rythme décidé autrement, ce qui transforme l’argent en tension permanente plutôt qu’en outil de construction.

Le vrai sujet n’est pas la méthode, mais l’accord

Une organisation financière solide ressemble rarement à une règle universelle. Elle ressemble plutôt à un accord explicite et révisable. Josée Blondin insiste sur ce point auprès de SoSoir : « L’important est d’établir un contrat de vie commune, explicite et clair, pour éviter les frustrations. Qui paie quoi ? Comment équilibrer les dépenses pour que personne ne se sente lésé ? Plutôt que d’éviter la discussion, mieux vaut la poser dès le départ, quitte à formaliser les engagements avec un notaire pour anticiper les éventuels conflits » . Le message est simple : l’équité se décide, elle ne se devine pas, et elle ne tient pas uniquement dans un partage arithmétique.

Cette discussion dépasse les factures. Elle touche la capacité à se projeter ensemble. « Certains ont cessé de rêver ensemble » , rappelle Josée Blondin, et c’est souvent là que les comptes se crispent. Sans objectifs communs, l’argent devient une addition de dépenses, jamais un plan. Avec des projets partagés, même modestes, il redevient un langage commun, capable d’aligner les priorités.

Argent et pouvoir : un équilibre souvent fragile

L’argent n’est pas seulement une question de budget, c’est aussi une question d’équilibre et de pouvoir dans le couple. Les revenus, l’épargne et les dépenses influencent directement la place de chacune dans les décisions, la capacité à refuser certains choix et, le cas échéant, à quitter une situation qui ne convient plus. Selon plusieurs enquêtes, notamment celles relayées par la sociologue Hélène Belleau et la Chambre de la sécurité financière au Québec, environ 42 % des personnes en couple estiment normal d’avoir des secrets d’argent, et certaines mettent volontairement de côté, sans en parler, pour se prémunir d’une éventuelle rupture. Cette pratique ne traduit pas un manque de loyauté, mais une vulnérabilité financière réelle, en particulier pour les personnes aux revenus plus faibles. Elle rappelle qu’une autonomie financière minimale protège autant la relation que l’individu.

D’autres déséquilibres sont plus discrets encore. Certains couples adoptent une répartition des dépenses en apparence équitable, où l’une prend en charge les dépenses courantes tandis que l’autre finance les biens durables. La sociologue et autrice Titiou Lecoq a popularisé cette situation sous le nom de “théorie du pot de yaourt” : payer ce qui se consomme ne laisse aucune trace patrimoniale, alors que financer un logement ou un véhicule construit un actif. Avec le temps, surtout en union libre ou sous un régime de séparation de biens, cet écart peut devenir conséquent. Le risque n’est pas abstrait. Il apparaît lors d’une séparation, d’un décès, ou simplement lorsque l’une réalise qu’elle a contribué sans jamais sécuriser sa position financière.

Quand le droit s’invite dans la gestion du couple

La question du partage financier ne se règle pas uniquement à la banque. Elle se joue aussi dans le cadre juridique. Régime matrimonial, Pacs, union libre, indivision ou droits en cas de décès s’appliquent, souvent par défaut, sans que le couple ait réellement le sentiment de les avoir choisis. Beaucoup se marient sans contrat, convaincus que le régime légal suffit, avant de découvrir, parfois tardivement, que la protection offerte ne correspond pas à leurs attentes. De la même manière, le Pacs n’ouvre pas automatiquement de droits successoraux, ce qui impose d’anticiper si l’objectif est de sécuriser la situation du partenaire survivant.

La fiscalité ajoute une dimension supplémentaire, fréquemment absente des discussions de couple. Des choix en apparence techniques, comme la répartition du prélèvement à la source, ont pourtant des conséquences très concrètes sur le niveau de vie de chacun. Sur le plan patrimonial, certains impôts, comme l’IFI, peuvent engager les deux membres du couple, même lorsque les finances sont gérées séparément au quotidien. Autrement dit, conserver des comptes distincts ne signifie pas être totalement indépendant des effets financiers communs.

La question n’est pas de savoir s’il faut tout partager, mais ce qu’il est essentiel de partager pour préserver l’équilibre du couple. L’information, d’abord, car l’opacité nourrit la méfiance. Une méthode claire, ensuite, car l’improvisation laisse place aux frustrations. Et une autonomie minimale, enfin, parce qu’une relation saine repose davantage sur la liberté que sur la dépendance. La solidité d’un couple ne se mesure pas au nombre de comptes joints, mais à la clarté des règles fixées et à la capacité de les ajuster au fil des évolutions de la vie.

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